mercredi 15 février 2017

Les violences urbaines en France

Les Violences urbaines françaises 
Mise à jour le 14/02/2017

Bobigny - 11 février 2017
Depuis 35 ans, les violences urbaines reviennent régulièrement au devant de la scène. Il ne faut pas les confondre avec les violences dans les manifestations.


Controle par des gendarmes mobiles
Souvent situées dans des quartiers dits « sensibles », elles sont déclenchées lors de contrôles policiers.


Bobigny - 11 février 2017
Mais quelles sont leurs raisons ?  Actes de violence et de vandalisme gratuits ou cri de rage et de colère d’une jeunesse se sentant rejetée par la société ?


La relation tendue entre policiers et « jeunes » revient à chaque fois : Pour la Police, c’est permettre de tenir le terrain, montrer une présence, faire avancer des enquêtes, assurer la tranquillité publique… 


Pour ceux contrôlés, c’est des contrôles à répétition, stigmatisant, au faciès, avec des propos insultants, très souvent par des policiers blancs.


Villiers le Bel le 25/11/2007
Cette relation dégénère suite à :
- un accident mortel entre la police et des fuyards comme à Villiers le Bel le 25/11/2007,


Aulnay sous Bois le 02/02/2017
- une arrestation comme à Aulnay sous Bois avec « Théo » le 02/02/2017,


Trappes, le 18/07/2013
- un contrôle d’identité comme à Trappes d’une femme voilée effectué en présence de son mari le 18/07/2013,


Les Minguettes le 23/07/1981
- une arrestation de suspects comme aux Minguettes le 23/07/1981,


Beaumont sur Oise, le 19/07/2016
- le décès d’un jeune adulte comme à Beaumont sur Oise avec « Adama Traoré », le 19/07/2016


Clichy sous bois le 27/10/2005
 - ou de décès d’adolescents comme à Clichy sous bois avec « Zyed » et « Bouna » le 27/10/2005


les Minguettes - 1983

Vous pouvez lire ci-dessous retranscris l’émission radio « Histoires d'info » de Thomas Snégaroff du 13 février 2017 sur France Info  Comment on parlait déjà des violences urbaines il y a 35 ans :

Les premières grandes émeutes urbaines ont lieu en juillet 1981 aux Minguettes à Vénissieux, près de Lyon. L'occasion de se pencher sur le traitement médiatique de ce type d'actualité :
Le traitement médiatique des émeutes urbaines à l'aube des années 80 était quelque peu différent. Nous sommes au mois de juillet 1981. Ce n’est pas la banlieue parisienne qui a connu les premières grandes émeutes mais la banlieue lyonnaise. En 1979, Vaulx-en-Velin avait connu de graves échauffourées, elles sont plus graves encore aux Minguettes à Venissieux deux ans plus tard.

Jacques Thévenin, présentateur du journal de France Inter, le 23 juillet 1981 : "Le quartier des Minguettes a connu une nouvelle nuit de violences. Une véritable mini-émeute a opposé quelques 150 habitants de la cité, pour la plupart des jeunes maghrébins à des policiers qui venaient arrêter trois cambrioleurs. A Vénissieux, c’est la goutte qui fait déborder le vase car ce genre d’incident se multiplie depuis 2 semaines : incendies, vols de voitures, jets de pierres, saccages de magasins. Le racisme s'en mêle. Le taux de maghrébins est tel que beaucoup d'habitants s'en vont."

les Minguettes - 1983


Et dans la foulée, TF1 se rend aux Minguettes pour comprendre ce qui se joue dans la cité, une cité qui a "inventé" les voitures brûlées. La parole est d’abord donnée aux vieux joueurs de boules du quartier. Des propos sans filtre :
Reporter: "Vous habitez la cité Monsieur ? Qu'est ce que vous pensez des jeunes ici ?"
Personne interviewée: "Des cons..."
Reporter: "Pourquoi ?"
Personne interviewée: " il y a trop de bougnoules dans le quartier. Ils volent tout. Ils sont là que pour piller les caves. Je vous le dis carrément en face. Vous pouvez filmer. C'est vrai."

extrait d'un reportage de TF1

les Minguettes - 1981

Aujourd’hui, sans doute certains le pensent encore, mais nous sommes à peu près persuadés qu’on ne passerait plus de tels propos sur une grande chaîne, sinon pour se moquer de ceux qui les profèrent, dans le style d’émission du type « Quotidien » ou « Le Petit Journal ». A l’époque, ce n’est pas du tout le cas, ces propos ne choquent pas particulièrement, en tout cas, ils ne sont pas diffusés pour choquer.

TF1 donne également la parole aux jeunes dans ce reportage, et là, ce sont des propos qu’on entend encore largement aujourd’hui : "Les jeunes cassent, d'accord, mais qu'est-ce qu'ils ont comme loisirs ici ?  Ils ont rien. Il faudrait aussi dire qu'il n'y a qu'une minorité qui cassent et on généralise ici. On a souvent tendance à généraliser ici. les vieux plus tôt. Moi j’ai entendu autrefois, y’en a qui disaient : les attentats, ils jettent des bouteilles sur nous, ils cassent nos jeux, Ce qu'ils disent, c'est pour nous achever. Ils ne veulent pas comprendre les jeunes. Pour eux, c'est tous des délinquants."

35 ans plus tard, les boulistes ont quitté les quartiers sensibles, mais reste un même et inquiétant constat : celui d’une violence endémique et d’un dialogue de sourds entre la jeunesse de ces quartiers et le reste de la société française.

Fin du reportage d’ « Histoire d’info »

ce qui s'est passé dans les Minguettes en 1981 


Emeutes 2005
Pourquoi entend-t-on les mêmes commentaires des médias et le même discours des jeunes, 35 ans plus tard, et est-il identique dans d’autres villes d’Europe ?




Les politiques de la ville qui vont se succéder vont réhabiliter les quartiers, voire les embellir, mais sans pour autant apporter du travail aux jeunes de ces cités… Le terme de banlieue va devenir même stigmatisant, ayant une connotation de relégation de seconde zone…


Tremblay en France
Il faut remonter aux années 60 et 70 pour comprendre comment de grands ensembles urbains de grandes villes françaises sont devenues une concentration de malaise, de rancœur et de mises à l’écart de ses habitants :


La Commanderie à Nogent sur Oise

Un reportages intitulé « Chronique de la violence Ordinaire » tourné entre 2003 et 2005 autour de la décomposition d’une cité à Nogent sur Oise montre comment cette cité à l'orée des années 1960, répondait à un besoin de logement, contemporain de l'essor économique et social des trente glorieuses. 6 mois d’enquêtes, 2 ans de tournages et 4 films réalisés.

Vidéo sur le début de ce reportage




Vidéo sur la suite et l'histoire de ce quartier 
qui ressemble à tant d'autres...


Les problèmes depuis se sont succédés. Les journalistes ont ainsi analysé les raisons et les conséquences de ces crises économiques, sociales et républicaines. Les mécanismes de la violence et de la désintégration du lien social y sont analysés avec finesse et sans jugement excessif. La politique d'aménagement urbain de la France depuis les années 1960 y est aussi disséquée et mise en question.


Clichy sous Bois - 2005
Les émeutes de 2005 qui ont enflammé de nombreux quartiers de Banlieues en France pendant plus de 3 semaines n’ont pas apporté de réflexions globales. La colère est toujours présente. Celle-ci liée à la violence sociale, la précarité  et la conjoncture économique, n’a pas permis d’apaiser ces quartiers dits « sensibles ». Il s’est ajouté aussi un fort relent raciste d’une partie de la population, car ces quartiers abritent de fortes populations musulmanes. L’article du Huffington Post du 16 mars 2015, intitulé «Dix ans après les émeutes de 2005, où est passée la colère des banlieues »,  illustre cette réflexion


Patrouille de Colomiers en Haute Garonne
De même, les policiers affectés à ces quartiers dits « sensibles » sortent souvent d’école de police, donc jeunes policiers et sont affectés là, sans une connaissance de l’histoire du quartier et de ses habitants. Leurs missions étant de montrer une présence, d’assurer la sécurité des biens et des personnes, faire avancer des enquêtes, et d’assurer la tranquillité publique…


On peut découvrir, en cliquant ici, une analyse liée sur les émeutes de 2005 sur « La montée de la violence chez les jeunes et le phénomène de violences urbaines dans les Banlieues », avec une conclusion pointant du doigt le sentiment d’exclusion sociale mais aussi le rôle de la médiatisation dans ces violences qui sont toujours d'actualité.



De même une étude de 2011 de l’OMS (l’Organisation Mondiale de la Santé) avait présenté des indications sur la violence juvénile
Voici quelques extraits :

« Il y a des liens étroits entre la violence des jeunes et d’autres formes de violence. Les jeunes violents commettent fréquemment toute une série de délits et manifestent d’autres problèmes sociaux et psychologiques »

"  Facteurs individuels " 
Les principaux facteurs liés à la personnalité et au comportement que l’on peut associer à la violence chez les jeunes sont les suivants :

- l’hyperactivité - l’impulsivité - une maîtrise insuffisante de soi - des problèmes d’attention - des antécédents de comportement agressif - un faible niveau d’éducation. - Influence de la famille et des camarades. »



" Facteurs sociaux, politiques et culturels "
Les bandes constituent un puissant ferment de la violence chez les jeunes.
La faiblesse des liens sociaux dans la communauté s’associe également à une fréquence accrue de la violence des jeunes.
L’administration du pays, sa législation et les moyens mis en œuvre pour l’appliquer, ainsi que sa politique sociale, ont un effet important sur la violence.
Des facteurs comme l’inégalité des revenus, l’évolution rapide de la démographie dans les populations jeunes et l’urbanisation ont été liés au développement de la violence chez les jeunes.
Les cultures qui ne proposent pas de solutions non violentes pour résoudre les conflits semblent connaître une fréquence plus élevée de la violence chez les jeunes. »



Une police de proximité, patrouillant toujours dans le même secteur, avec les mêmes policiers volontaires, accompagné de temps en temps avec des acteurs sociaux, connaissant l’histoire du quartier et de ses habitants, avec des formations sur le relationnel, les Procédés Neuro-linguistiques, la connaissance sur la violence juvénile, avec un respect réciproque, et aussi avec plus de représentativité ethnique peuvent être des solutions pour une meilleure relation entre police et jeunes de ces quartiers.

Grigny 10/07/16
On peut constater que les violences urbaines sont plus souvent en zone "Police"
qu’en zone "Gendarmerie".


En effet, les zones "police" s’occupent de grandes villes 
ainsi que de leurs grands ensembles.


Gendarmes sur un marché de la ville de Chateaubriand
Les zones "gendarmerie" se trouvent dans des petites et moyennes villes, avec des brigades locales (type de commissariat de police où les logements des gendarmes se trouvent avec leurs familles). 
Les gendarmes de ces Brigades sont plus souvent en contact avec la population et connaissent la délinquance juvénile locale. Elle possède aussi, dans des villes moyennes, des quartiers dits « sensibles ».


Beaumont sur Oise, le 19/07/2016
Avec la mort d’Adama Traoré et les émeutes qui s’en sont suivies, et pourtant en zone "gendarmerie", cette situation a démontré qu’une intervention d’une unité extérieure à la Brigade locale, en l’occurrence un PSIG (Peloton de Sécurité et d’Intervention de la Gendarmerie, unité chargée de renforcer sur le terrain les brigades surtout la nuit et par la recherche du Flagrant délit)  peut faire dégénérer une situation qui pourtant à l’air sous contrôle.

Lien sur les 5 nuits d’insurrection 
avec des policiers et gendarmes blessés par balle
en cliquant ci-dessous :


  
Mais ailleurs, comment se passent ces violences ?

>>> Cliquez ici <<<  
pour voir les violences que l’on retrouve en Suède, en Angleterre et aux USA dont le contexte social est sensiblement le même…




Histoire des forces Anti-émeutes françaises

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